Berserk est un manga presque entièrement noir. Pourtant on y voit : la pluie, le métal, la peau, la fumée. Ce dossier s'intéresse à l'outil qui rend cela possible — la hachure — et à la façon dont Miura en fait, au fil des tomes, un langage à part entière.
I. Le noir comme matière première
Chez la plupart des dessinateurs, le blanc de la page est la lumière et le trait est l'ombre. Miura inverse la logique : il pose d'abord le noir — aplats, trames, encre — puis il en retire par la hachure. La lumière est ce qui reste quand la plume a fini de gratter. C'est une technique de graveur, plus proche de Doré que du manga contemporain.
D'où l'impression, constante dans Berserk, que la lumière est arrachée. Un rayon de lune sur une armure, une torche dans un couloir : chaque source lumineuse a coûté des heures de traits parallèles. Le lecteur ne le sait pas, mais il le sent : la lumière de Berserk est chère.

II. Trois régimes de trait
On peut distinguer trois hachures chez Miura. La hachure courte et serrée des chairs, presque un pointillé, qui donne aux visages leur grain de gravure. La hachure longue et parallèle des ciels et des pluies, qui pose une direction sur la page entière. Et la hachure croisée des armures et des pierres, qui construit le volume par superposition.
L'Âge d'Or est dominé par la première, les arcs de la Conviction et du Faucon Millénaire par la troisième — les armures et les villes prennent le dessus. Fantasia rompt avec le système : Miura y adopte des trames numériques et des gris, et la hachure recule. C'est un des rares cas où l'évolution technique d'un auteur se lit comme un changement de monde.

III. La pluie, cas d'école
La scène de Guts chevauchant sous la pluie, la Dragon Slayer sur l'épaule, est l'exemple le plus pur : le fond n'existe pas, il n'y a que des traits obliques, et pourtant on voit un ciel, une distance, un froid. La pluie de Miura n'est pas dessinée par-dessus le décor — elle est le décor.
« Il ne pleut pas dans Berserk. La page est rayée. »Formulation de la rédaction
Le dossier propose un exercice de lecture : suivre, dans un tome, la direction des hachures de page en page. On découvre qu'elle change avec l'état de Guts. Calme : traits horizontaux. Colère : traits qui convergent vers son corps. Berserker : hachures qui partent de lui. La lumière, chez Miura, est toujours une lumière intérieure qui a trouvé une sortie.

La correspondance entre la direction des hachures et l'état émotionnel de Guts est une observation de la rédaction sur les tomes 14 à 27 ; elle n'a pas été commentée par l'auteur.

CascaLieutenante de la Bande du Faucon
Zodd l'ImmortelApôtre
Le ComteApôtre
WyaldApôtre