Avant la sérialisation, il y a un one-shot d’étudiant. Le lire aujourd’hui n’est pas un exercice d’archive : c’est la meilleure façon de voir ce que Miura savait déjà faire, et ce qu’il a dû inventer ensuite pour que Berserk devienne Berserk.
I. Ce qui est déjà là
Un homme en manteau noir, borgne, une épée démesurée sur l’épaule, qui marche sur une route bordée de squelettes empalés. Un elfe dans sa besace. Des bandits abattus sans un mot. Une jeune fille sauvée par accident, parce qu’il passait par là. Le premier plan de Berserk est déjà cadré.
Le tempérament aussi : Guts sauve Frikka puis la dépasse pour fouiller une carriole renversée, trouve qu’elle ne contient rien, et se décide à contrecœur à l’emmener. Le héros n’est pas bon ; il est seulement moins indifférent qu’il ne le prétend.

II. Ce qui n’y est pas
Pas de Bande du Faucon, pas de Griffith, pas d’Éclipse, pas de béhérit, pas de causalité. L’antagoniste, Vlad Tepes, est un seigneur de fief devenu monstre : la matrice du Comte, mais sans le pacte qui donnera son sens à toute la galerie d’apôtres.
Autrement dit, le prototype a le personnage et pas le sujet. Ce que Miura ajoutera entre 1988 et 1989, c’est l’idée que le monstre a été un homme, qu’il a payé quelque chose, et que le héros aurait pu payer la même chose. Sans cette clause, Berserk serait un récit de vengeance de plus.
III. Frikka, premier témoin
Frikka est la seule figure féminine du prototype et elle occupe la place que Casca, Puck puis Schierke se partageront. Quand Vlad Tepes exige de nouvelles jeunes filles, elle se propose elle-même — non par résignation, mais pour arrêter les meurtres.
Elle s’offre pour que le seigneur cesse de tuer. Le courage, ici, est déjà une décision administrative.Formulation de la rédaction
Miura sait donc dès 1988 ce qu’il redécouvrira à chaque arc : son guerrier n’a d’intérêt que face à quelqu’un qui a encore quelque chose à perdre.
IV. Où le lire
Le prototype paraît dans le numéro de novembre 1988 de Gekkan ComiComi. Il est repris en anglais le 6 décembre 2006, en bonus du tome 14 de l’édition Dark Horse. C’est la seule façon simple de le lire aujourd’hui.
Il n’est pas compté dans les 402 chapitres de l’index : ce n’est pas un épisode de la série, mais son avant-texte. Les seize chapitres numérotés 0-1 à 0-16 que l’index recense sont, eux, le prologue publié avant la sérialisation régulière — à ne pas confondre.
La lecture du prototype comme « personnage sans sujet » est une grille de la rédaction ; Miura n’a jamais commenté publiquement l’écart entre son one-shot et la série.

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