L'arc du Faucon millénaire est le plus mal aimé de Berserk et le plus ambitieux. Miura y quitte le duo Guts-monstre pour écrire une guerre à l'échelle continentale, une prise de pouvoir et la naissance d'une capitale. Ce dossier défend l'arc comme le moment où l'œuvre change de genre sans changer de thèse.
I. Deux récits qui ne se croisent plus
À partir du tome 22, l'œuvre se dédouble. D'un côté Guts traverse le continent avec une troupe hétéroclite ; de l'autre Griffith reconstitue une bande, gagne des batailles et se fait acclamer. Les deux fils ne se rencontrent presque jamais, et c'est délibéré.
Ce montage produit un effet de perspective inédit : le lecteur voit la légende se fabriquer en direct, et voit simultanément l'homme que cette légende a détruit avancer sans le savoir dans son ombre. Le désaccord de rythme entre les deux lignes est la principale raison du rejet de l'arc — et son principal outil.

II. Ganishka, ou l'empire contre l'empire
L'empereur kushan est le seul adversaire de l'œuvre à posséder une puissance comparable à celle de la nouvelle Bande du Faucon. Apôtre lui-même, il a industrialisé le surnaturel : béhérits artificiels, pisachas, daka produits en série, Wicker Man.
Miura oppose ainsi deux modèles de pouvoir monstrueux. Ganishka fabrique ses monstres et finit par n'être plus qu'une tempête sans visage ; Griffith recrute les siens et reste impeccablement humain d'apparence. Le second gagne, et l'œuvre suggère que c'est parce qu'il a compris que le pouvoir tient au consentement des gouvernés, pas au nombre de créatures.
La destruction de Ganishka déclenche la Grande Vague : les mondes fusionnent, et le fantastique cesse d'être clandestin.

III. Falconia, la promesse tenue
La cité surgie du sol au tome 34 est le sommet ironique de l'œuvre. Falconia est sûre, propre, prospère, ouverte aux réfugiés ; ses murs tiennent les monstres à l'écart. Elle est gouvernée par un homme qui a sacrifié cinq cents personnes pour l'obtenir.
« Il a donné aux hommes exactement ce qu'ils demandaient. C'est bien cela le problème. »Formulation de la rédaction
Miura refuse la dystopie facile : rien, à Falconia, ne fonctionne mal. Le lecteur est mis en position d'objecter tout seul, sans qu'aucune scène ne l'y aide. C'est le pari le plus risqué du manga, et le plus adulte.
Le motif rejoint celui de l'Idée du Mal : les hommes ont demandé un ordre, ils l'ont ; le prix a été payé par des gens dont ils n'ont jamais entendu parler.

IV. Ce que l'arc rend possible
Sans le Faucon millénaire, ni Elfhelm ni la Grande Vague n'existent. L'arc convertit une série d'horreur intime en cosmologie praticable : après lui, la magie a des écoles, le monde astral a une géographie, la politique a des institutions.
Il paie ce gain d'un ralentissement. La comparaison est éclairante : l'Âge d'Or faisait aimer des gens pour rendre leur mort insoutenable ; le Faucon millénaire fait comprendre un système pour rendre sa victoire insupportable. Ce sont deux méthodes du même auteur.

La lecture de Falconia comme « utopie fonctionnelle » relève de la rédaction ; certains lecteurs y voient au contraire des indices de dysfonctionnement (la mendicité hors les murs, la surveillance) que l'œuvre laisse ambigus.

Mule WolflameJeune noble de Midland
DaibaSorcier kushan
Zodd l'ImmortelApôtre