Kentaro Miura meurt le 6 mai 2021. En juin 2022, la série reprend, dessinée par le Studio Gaga sous la supervision de Kouji Mori, ami d'enfance de Miura à qui celui-ci avait raconté la fin. Ce dossier expose les faits éditoriaux, les choix graphiques et le débat qu'ils ouvrent — sans trancher à la place du lecteur.
I. Les faits
Miura meurt d'une dissection aortique aiguë à cinquante-quatre ans. Le chapitre 364, paru en septembre 2021, est publié à titre posthume. Hakusensha annonce ensuite que la série continuera, sur la base de ce que Miura avait raconté oralement à Kouji Mori.
Le Studio Gaga, qui assistait déjà Miura de son vivant sur les décors et les trames, prend le dessin. Mori supervise le récit sans dessiner. Aucun storyboard complet de la fin n'a été retrouvé : la continuation repose sur une mémoire, pas sur un manuscrit.

II. Ce que la reprise change au trait
La différence est mesurable. Les décors du Studio Gaga sont fidèles, parfois plus propres que ceux de Miura ; les visages, eux, perdent la déformation expressive qui caractérisait l'auteur — cette manière de tordre une bouche ou d'écraser un œil pour signaler la peur.
La mise en page est également plus régulière. Miura ménageait des ruptures de gouttière, des cases qui débordent, des doubles pages qui cassent le rythme ; la continuation privilégie une grille lisible. Le résultat est un Berserk plus clair et moins inquiétant.
Ces constats ne sont pas des reproches : reproduire une signature graphique est impossible, et le studio a choisi la fidélité au monde plutôt qu'au geste.

III. Le débat
Trois positions coexistent. Pour les uns, la continuation est légitime : Miura voulait que l'histoire soit connue, Mori la porte, le studio l'exécute. Pour d'autres, une œuvre d'auteur s'arrête avec son auteur, et ce qui suit est un document, pas une suite. Une troisième position, plus pragmatique, accepte la continuation comme épilogue informatif tout en tenant le chapitre 364 pour la vraie fin.
« Une fin racontée à un ami est-elle la fin de l'œuvre ? »Formulation de la rédaction
Le site n'arbitre pas. Il applique une règle : les chapitres postérieurs à 2021 sont indexés et résumés comme les autres, mais toujours signalés comme Studio Gaga, supervision Kouji Mori — l'attribution fait partie de l'information.

IV. Ce que l'inachèvement fait au récit
Il y a une ironie dont l'œuvre elle-même aurait pu se saisir : un manga sur la causalité, le prix des rêves et l'impossibilité de finir se trouve interrompu par une mort brutale. L'inachèvement n'est pas un thème de Berserk ; il en est devenu la condition.
Cela modifie rétroactivement la lecture. La patience de Guts, qui n'a de sens que si un terme existe, devient un exercice sans terme. Le lecteur se retrouve exactement dans la position du personnage : continuer sans garantie.

Les constats sur l'évolution du trait relèvent d'une analyse de la rédaction, planche par planche ; Hakusensha et le Studio Gaga n'ont publié aucune note technique sur leurs choix graphiques.

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