Berserk est régulièrement accusé de traiter ses personnages féminins comme des victimes et rien d'autre. L'accusation n'est pas infondée pour les premiers tomes. Ce dossier soutient que l'œuvre se corrige en cours de route, lentement, et que la trajectoire est lisible : de la femme qu'on sauve à la femme qui décide.
I. Le point de départ, et son problème
Les premiers volumes alignent des femmes définies par ce qu'on leur fait : Theresia enfermée, Charlotte convoitée, l'apôtre sans nom du chapitre 1. Casca elle-même est présentée par une agression subie à seize ans, et son autorité de commandante est régulièrement mise en scène comme un manque.
Le sommet du reproche est l'Éclipse : le viol de Casca par Femto est filmé longuement, et il déclenche l'arc de Guts, pas le sien. Le manga passe ensuite vingt tomes avec une Casca sans parole. Il n'y a pas de lecture qui rende cette séquence confortable.

II. Ce que Miura construit ensuite
À partir de l'arc de la Conviction, quelque chose change. Luca dirige un groupe dans la fosse d'Albion et applique la seule morale qui tienne dans le manga : on partage, on protège, on ne demande rien. Elle n'a aucun pouvoir et prend toutes les bonnes décisions.
Puis viennent Schierke, qui sait des choses que personne d'autre ne sait ; Farnese, qui passe de l'aristocrate incendiaire à la seule personne capable de tenir Guts ; Isma, Sonia, Erica, Danann, Flora, Molda. Sur les vingt derniers tomes, la moitié des personnages qui agissent sont des femmes, et aucune n'est un enjeu à récupérer.

III. Le Couloir des Rêves comme réparation
La guérison de Casca est confiée à Schierke et Farnese. Danann écarte explicitement Guts. Pendant quatre tomes, le personnage principal du manga attend dehors pendant que deux femmes réparent ce qu'un homme a détruit et qu'un autre n'a pas su empêcher.
« Deux personnes entreront. Guts n’en sera pas. »Formulation de la rédaction
Le dossier lit cette construction comme une réponse consciente de l'auteur à sa propre première moitié. Le manga ne s'excuse pas et ne réécrit rien ; il place simplement la réparation là où il avait placé la destruction, et il en confie les clés à celles qui étaient des figurantes.

IV. Casca rendue à elle-même
Au tome 41, Casca se réveille. Elle coupe ses cheveux, reprend une épée, et sa première décision est de ne pas pouvoir regarder Guts. Miura ne lui accorde pas de retrouvailles : il lui accorde une réaction, c'est-à-dire une volonté propre.
C'est la dernière chose importante que l'auteur ait dessinée avant sa mort. Que Griffith l'enlève au chapitre suivant ne l'annule pas — le manga a montré, une fois, ce qu'était Casca sans personne autour d'elle pour décider à sa place.

Parler de « correction consciente » suppose une intention que Miura n'a jamais formulée publiquement ; d'autres lectures y voient une simple évolution d'auteur, ou l'effet du passage d'un récit de vengeance à un récit de groupe.

FloraSorcière de la forêt
LucaAlbion